Les bonnes pratiques

Un bassin versant consiste en une portion du territoire naturel où les eaux s’écoulent toutes vers un même point, ce qui signifie qu’une action portée en amont du bassin versant peut avoir un impact sur tout le bassin versant. Ces effets sont cumulatifs et peuvent devenir extrêmement problématiques à son exutoire.

En effet, on ne peut régler le problème d’un seul lac ou d’un seul cours d’eau en aménageant uniquement ce seul lac ou ce seul cours d’eau; il faut plutôt appliquer des solutions sur l’ensemble du bassin versant.

Tout est relié!

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Source: ROBVQ

En Abitibi-Jamésie

 

Une réalité majeure est que la connaissance sur l’état des milieux aquatiques récepteurs en Abitibi-Jamésie est parcellaire. Il est donc difficile d’avoir un portrait global de l’état réel des plans d’eau. Les données disponibles acquises sont soit financées par les ministères, soit par des acteurs économiques privés soumis à la règlementation ou encore par des réseaux de citoyens. De plus, l’Abitibi-Jamésie a plusieurs particularités qui nuisent à une gestion simple de l’eau. En effet, la région abitibienne recoupe plusieurs activités économiques qui peuvent contribuer à la dégradation des plans d’eau, notamment l’agriculture, la foresterie et l’industrie minière. Par ailleurs, l’Abitibi-Jamésie couvre une région très grande, ce qui peut rendre certaines solutions pourtant simples particulièrement coûteuses.

De même, la géomorphologie de l’Abitibi-Jamésie est singulière. Tout d’abord, certains types de roches pourraient être la cause de la présence de métaux lourds dans les puits domestiques d’eau potable. Ensuite, les sols argileux imperméables de l’Abitibi-Jamésie rendent difficile l’installation de fosses septiques conformes et fonctionnelles. De surcroît, ces sols argileux vont accroître les problèmes liés à la transparence (ou la turbidité) de l’eau, ainsi qu’à la sédimentation et à l’érosion des berges. Ceci provient en partie de la petite taille des particules d’argiles, qui par le fait même se font facilement emporter par l’eau où elles restent suspendues sans pouvoir se déposer au fond de l’eau.

Enfin, plusieurs des lacs de l’Abitibi-Jamésie sont habités. Une grande abondance de résidences permanentes et saisonnières présentes en bordure des lacs peut contribuer à la pollution des lacs et à son eutrophisation si les habitants ne prennent pas garde et n’adoptent pas de bonnes pratiques riveraines!

Eutrophisation des lacs

L’eutrophisation est un procédé naturel très lent, par lequel des nutriments s’accumulent graduellement dans un milieu. Le lac devient donc très riche, ce qui apporte de grands changements au niveau de la faune et de la flore qui l’occupe. Dans le cas d’un lac, ce processus durera généralement plusieurs milliers d’années et transformera le lac en marais, puis en tourbière et finalement, en forêt.

On distingue trois stades évolutifs de l’eutrophisation d’un lac, nommés « niveaux trophiques », soit oligotrophe, mésotrophe et eutrophe.

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Oligotrophe :

Lac pauvre en éléments nutritifs, qui possède donc des eaux très claires et généralement profondes. On y retrouve peu de végétaux et son bassin versant est relativement petit.

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Mésotrophe :

Lac qui a accumulé des éléments nutritifs et est donc plus riche. On commence donc à voir des changements au niveau des espèces présentes et de leur nombre.

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Eutrophe :

Lac très riche en nutriments, aux eaux généralement moins claires et peu profondes. Les végétaux sur les berges vont s’étendre et graduellement pour recouvrir le lac. C’est la dernière étape avant que le lac ne devienne un marais.

Source: ROBVQ

En soi, l’eutrophisation naturelle fait partie du cycle de vie d’un lac et n’est pas dommageable.

Malheureusement, l’eutrophisation causée par les activités humaines se fait de façon accélérée; on parle de dizaines d’années au lieu de milliers. Les conséquences sont alors déplaisantes pour la faune et la flore du lac, mais aussi pour ceux qui utilisent le lac, que ce soit pour la pêche, la baignade, pour s’approvisionner en eau ou pour toute autre activité.

L’eutrophisation étant causée, au départ, par une augmentation d’éléments nutritifs dans l’eau, toute activité humaine qui est à l’origine d’un apport supplémentaire en azote, mais surtout en phosphore, participe à l’accélération de l’eutrophisation des lacs. En voici quelques exemples :

 

Pour savoir comment éviter d’accélérer le processus d’eutrophisation, nous vous invitons à consulter les différents articles de notre section des « bonnes pratiques »!

Activités domestiques et récréatives

 Cyanobactéries

Une pollution des lacs par le phosphore va non seulement entraîner une prolifération d’algues et de plantes aquatiques, en plus d’accélérer l’eutrophisation des lacs, mais va aussi causer une augmentation de la présence de cyanobactéries, ou algues bleues-vertes, dans les lacs. Ces bactéries présentes naturellement dans les plans d’eau vont, lorsqu’abondantes, s’agglomérer pour former des fleurs d’eau pouvant libérer des toxines dangereuses pour l’homme.

Espèces exotiques envahissantes

L’envahissement des plans d’eau par des espèces exotiques envahissantes est majoritairement causé par le déplacement d’embarcations nautiques d’un plan d’eau contaminé à un plan d’eau qui ne l’est pas. Ces espèces étant particulièrement agressives en ce qui concerne leurs capacités d’adaptation et de reproduction, elles peuvent rapidement devenir un problème majeur dans des lacs et des cours et nuire grandement à la biodiversité de l’écosystème où elle se trouve. Elles peuvent aussi, par le fait même, faire diminuer la valeur immobilière des habitations en bord de lac en diminuant la qualité de l’eau, décimant les populations de poissons s’y trouvant avant son arrivée et rendant des activités récréatives, comme la baignade, la pêche ou la promenade en bateaux, très désagréables.

Érosion des berges

Les berges d’un lac sont chose fragile. Le mouvement de l’eau, accentué parfois par les remous causés par des bateaux à moteur, ainsi que le manque de végétation stabilisante sur les rives, peut rapidement causer une érosion des berges et donc, une perte de terrain. Cette perte peut aussi être accélérée par le ruissellement des eaux de pluie sur des surfaces imperméables comme du béton ou de l’asphalte. De même, l’eau frappant les rives peut avoir des impacts négatifs sur la biodiversité aviaire, les vagues pouvant détruire les nids d’oiseaux en bordure de lacs et en eaux peu profondes.

 

Eaux usées

Les sols argileux de l’Abitibi sont imperméables; le traitement des eaux usées, utilisant la perméabilité du sol pour filtrer l’eau, n’y fonctionne donc que très mal. De plus, plusieurs fosses septiques en place sont trop âgées, mal entretenues ou installées de façon non conforme. En effet, les normes de distance entre les installations septiques et d’eau potable ne sont pas connues de tous et ne sont donc pas toujours appliquées. Il est donc vraisemblable de penser qu’une grande portion de ces systèmes de traitement ne respectent pas les normes en vigueur et polluent les plans d’eau avoisinants.

 

Activités économiques

Agriculture

Le phosphore est nécessaire à l’agriculture à la croissance des végétaux, mais lorsqu’il se trouve en trop grande quantité dans les sols ou est épandu près des cours d’eau, il cause diverses problématiques pouvant nuire à la qualité de l’eau. L’épandage de pesticides et d’insecticides peut aussi y nuire, tout particulièrement lorsqu’aucune bande riveraine adéquate n’est aménagée. Le développement agricole sur le territoire risque grandement de s’intensifier suite aux changements climatiques; l’intégration de nouvelles pratiques agricoles est inévitable. Une diversification vers des cultures économiquement plus rentables, mais nécessitant des apports en engrais chimique ou naturel supplémentaires accentuerait la problématique de la contamination des eaux souterraines et de surfaces de la région par l’excès de phosphore.

 

Mines

 

La sous-province d’Abitibi est composée de gisements d’or, de cuivre, d’argent et de zinc responsables de l’essor minier en Abitibi. Il est possible de dénombrer 8 mines en exploitation sur la zone de gestion intégrée de l’OBVAJ, toutes sur le bassin versant de la rivière Harricana. Ces industries, par la nature même de leurs activités, laissent une empreinte considérable sur le territoire. Les activités minières présentent d’énormes enjeux environnementaux surtout en ce qui concerne la préservation de la qualité de la ressource d’eau dans la région. L’utilisation d’importantes quantités d’eaux dans le processus de traitement du minerai est un incontournable; la présence de nombreux parcs à résidus miniers non restaurés ou récemment restaurés amène des dégradations de la qualité des eaux sur plusieurs bassins versants. Les parcs à résidus miniers occupent 14,5 km2 du bassin versant de la rivière Harricana, 3,1 km2 du bassin versant de la rivière Abitibi et 0,96 km2 du bassin versant de la rivière Bell.

Les enjeux sont d’autant plus importants due à la présence d’eskers qui parsèment le territoire. La fragilité de ce système hydrogéologique le rend susceptible à la contamination due aux intrusions liées à l’exploration et l’exploitation minières. Les eaux d’esker, enfouies sous l’argile depuis le retrait des glaciers, sont très susceptibles à la contamination, par le simple contact de celle-ci à un corps étranger.

Foresterie

La construction de chemins en foresterie, mais surtout le manque d’entretien des chemins construits ainsi que des ponceaux installés lors de la construction sont une cause importante de sédimentation, qui cause une diminution de la qualité de l’eau. De plus, des coupes dans les bandes riveraines peuvent nuire à la filtration de l’eau par les sols sur certains sols, de même qu’un prélèvement trop élevé peut déstabiliser les berges et provoquer une érosion des sols. Une superficie de coupe trop grande par rapport à la taille d’un bassin versant peut aussi jouer sur la qualité de l’eau, le débit de l’eau augmentant avec la superficie récoltée. Un grand ruissellement peut causer une érosion des sols et une mauvaise filtration de l’eau, qui ira se jeter directement dans un cours d’eau ou le plan d’eau sans passer par le sol. Enfin, la machinerie utilisée, tout particulièrement en milieux humides ou sensibles, peut causer des dommages au sol (érosion, orniérage, etc.). Les bandes riveraines, la coupe et la pose de ponceaux sont strictement contrôlées par le Règlement sur les normes d’intervention en forêts (RNI).