Le phosphore

Qu'est-ce que c'est?

Le phosphore est un minéral essentiel à la vie. Il fait partie de ces éléments que l’on nomme « limitants », c’est-à-dire qu’ils sont nécessaires à la croissance des plantes terrestres et aquatiques et que ces dernières ne pourront pas proliférer si elles n’en obtiennent pas. L’azote est aussi un élément limitant, quoiqu’il soit moins dommageable que le phosphore.

Cet élément se retrouve dans la nature, principalement dans les roches et la partie superficielle des sols et sous forme de phosphates. Par contre, il se retrouve naturellement à de très faibles concentrations et de plus, la plus grande partie du phosphore n’est pas disponible (autrement dit, n’est pas sous forme pouvant être absorbée) pour les organismes qui en ont besoin. Ce n’est donc qu’une petite fraction du phosphore qui est accessible et qui est donc consommé par les végétaux.

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D'où provient le phosphore?

Les sources naturelles de phosphore

 

Les roches contenant du phosphore peuvent être altérées par les conditions géologiques et atmosphériques sur de longues périodes de temps. Elles s’érodent lentement et libèrent ainsi le phosphore qu’elles contiennent dans l’environnement.

Ce phosphore est ensuite absorbé par les animaux et les plantes, qui s’en libèreront soit par des déjections animales, ou, dans le cas des végétaux, par leur décomposition à leur mort. Le phosphore peut aussi pénètre directement dans l’eau; les eaux de ruissellement vont contribuer à l’accumulation du phosphore dans les lacs et rivières. Dans les lacs, le phosphore pourra se lier aux sédiments et être libéré dans certains cas, notamment lors de grands vent ou lorsqu’il y a un manque d’oxygène dans les lacs.

Or, l’être humain est venu bouleverser ce cycle naturel en utilisant du phosphore dans divers produits et le rejetant ensuite en circulation dans l’eau.

Les activités domestiques cumulées de plusieurs résidences ont un impact surprenant sur les plans d’eau. De même, certaines grandes activités anthropiques, telles les exploitations minières et l’agriculture, rajoutent beaucoup de phosphore dans les cours d’eau. Ce phosphore devient donc disponible pour divers organismes et cause un débalancement de l’écosystème, entre autre en causant une eutrophisation accélérée des lacs et une prolifération d’algues bleu-vert (cyanobactéries).

 

Le phosphore d’origine humaine : comment le réduire?

Il y a plusieurs sources de phosphore d’origine humaine en circulation dans l’eau. Il y a notamment

  • l’engrais, qu’il soit naturel (fumier, compost) ou artificiel;
  • les produits nettoyants et;
  • les eaux usées provenant d’installations septiques désuètes, non-conformes ou mal entretenues.

Plusieurs pratiques peuvent aider à limiter l’excès de phosphore dans l’eau, dont

  • installer des bandes riveraines;
  • aménagez votre terrain de façon naturelle
  • limiter le ruissellement des eaux sur votre terrain;
  • limiter le déboisement, surtout au bord des rives;
  • diminuer ou arrêter complètement l’utilisation de détergents et de savons contenant du phosphore
  • Limiter l’utilisation d’engrais et de pesticides et l’arrêter complètement dans les bandes riveraines. Utiliser des fertilisants à libération lente ou à faible teneur en phosphates;
  • S’assurer de la conformité des installations septiques et de leur bon entretien
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Les détergents

La Loi canadienne sur la protection de l’environnement a permis d’adopter un une réglementation provinciale au sujet de la teneur en phosphates dans les produits nettoyants, qui interdit la vente de détergents contenant plus de 0,5% de leur poids en phosphore, ainsi que d’indiquer cette quantité sur les produits vendus. Il devrait donc vous être possible de vérifier si vos produits préférés contiennent du phosphore ou non, ainsi que vous permettre d’en choisir d’autres plus convenables si vous le souhaitez.

Dans le cas où il vous serait difficile de vous procurer des détergent et savons sans phosphate, il vous est possible de fabriquer vos propres produits nettoyants! Le vinaigre blanc, le citron, le sel de table et le bicarbonate de soude sont des ingrédients très efficaces pour l’entretien ménager.

Des effets percutants!

L’eutrophisation en bref

Ce processus commence par l’accumulation d’un élément nutritif limitant, comme le phosphore, dans un lac. Puisque l’élément nutritif est maintenant disponible, le milieu s’en trouve enrichi et les algues et plantes aquatiques, ainsi que les végétaux sur la berge, vont se multiplier de façon excessive pour provoquer un envasement graduel du lac et un recouvrement par les végétaux. Ce processus mène à la création d’un marais, puis d’une tourbière et finalement, d’une forêt.

En elle-même, l’eutrophisation est naturelle; le cycle de vie naturel d’un lac est d’ultimement devenir une forêt.

Le problème vient du fait qu’alors que naturellement, ce changement se produit sur des milliers et même des dizaines de milliers d’années, l’impact des activités humaines peut faire en sorte qu’on voit ce procédé atteindre son terme après seulement quelques décennies.

On distingue trois stades évolutifs de l’eutrophisation d’un lac, nommés « niveaux trophiques », soit oligotrophe, mésotrophe et eutrophe.

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Oligotrophe :

Lac pauvre en éléments nutritifs, qui possède donc des eaux très claires et généralement profondes. On y retrouve peu de végétaux et son bassin versant est relativement petit.

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Mésotrophe :

Lac qui a accumulé des éléments nutritifs et est donc plus riche. On commence donc à voir des changements au niveau des espèces présentes et de leur nombre.

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Eutrophe :

Lac très riche en nutriments, aux eaux généralement moins claires et peu profondes. Les végétaux sur les berges vont s’étendre et graduellement pour recouvrir le lac. C’est la dernière étape avant que le lac ne devienne un marais.

Source: ROBVQ

Des conséquences peu agréables

Plusieurs effets secondaires surviennent suite à l’accumulation du phosphore. Premièrement, puisque le phosphore ajouté cause une prolifération de végétaux, les plantes aquatiques et algues formeront, à leur mort, une couche épaisse de matière végétale au fond de l’eau où elles seront décomposées. Ceci créé une couche de vase dans le fond du lac, qui s’accumulera peu à peu et rendra l’eau turbide. De plus, une grande quantité de végétaux rendra aussi l’eau moins agréable pour la baignade et pour l’utilisation de bateaux motorisés, puisque ces plantes viendront s’emmêler aux moteurs de l’embarcation.

 Cyanobactéries

 

Une pollution des lacs par le phosphore va non seulement entraîner une prolifération d’algues et de plantes aquatiques, en plus d’accélérer l’eutrophisation des lacs, mais va aussi causer une augmentation de la présence de cyanobactéries, ou algues bleues-vertes, dans les lacs. Elles sont présentes naturellement dans l’eau des lacs et contribuent au bon fonctionnement des écosystèmes. Malheureusement, plusieurs facteurs, tels des hausses de température et une concentration trop élevée de phosphore, peuvent se combiner et mener à une multiplication de façon excessive des cyanobactéries. Elles vont alors s’agglomérer pour former des fleurs d’eau pouvant libérer des toxines dangereuses pour l’homme.

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Une perte de la biodiversité

La prolifération excessive de végétaux causera un changement au niveau de la quantité d’oxygène disponible dans l’eau, ce qui aura un impact sur la biodiversité. Toutes les espèces n’ayant pas les mêmes besoins en oxygène dissous, certaines seront défavorisées par l’excès de phosphore. Ce sera notamment le cas des poissons d’eaux froides bien oxygénée, qui ne pourront plus survivre dans un lac en état d’eutrophisation avancé. Enfin, des végétaux compétitifs nécessitant des milieux plus riches pour leur développement s’installeront dans le lac aux dépends des espèces s’y trouvant auparavant.

Pour en savoir plus
Sources

Les différents paramètres physiques et chimiques des eaux et commentaires. *- CPEPESC – Commission de Protection des Eaux. (2017). Cpepesc.org. Récupéré le 14 juillet 2017, de http://www.cpepesc.org/Les-principaux-parametres.html

Beaudet, P., Beaudin, I., Michaud, A., & Giroux, M. (2008). Le transport du phosphore. Fiche technique, (3).

Beaudin, I., Michaud, A., Beaudet, P., & Giroux, M. (2008). La mobilité du phosphore : du sol au cours d’eau. Fiche technique, (1).

Michaud, A. R., Lauzier, R., & Laverdière, M. R. (2005). Mobilité du phosphore et intervention agroenvironnementale en bassin versant agricole: Étude de cas du ruisseau au Castor, tributaire de la rivière Aux Brochets, Québec. Agrosol,16(1), 47-59.

Laurentides, C. R. E. (2007). Trousse des lacs–Des outils pour la santé des lacs.

Regroupement des organismes de bassins versants du Québec. Fiches sur l’aménagement et l’entretien des propriétés résidentielles.