L’eau de pluie et de ruissellement

On nomme « eaux de ruissellement » le surplus d’eau n’ayant pas réussi à s’infiltrer dans le sol ou à s’évaporer, s’écoulant à la surface du sol. Ces eaux sont généralement constituées d’eaux pluviales, c’est-à-dire les eaux de pluies et de fonte des neiges, qui ruissellent à la surface du sol et se jettent dans des cours d’eau. L’eau doit normalement s’infiltrer dans le sol, où elle sera absorbée par les arbres et plantes, ou encore ira recharger les nappes phréatiques d’eau souterraine.

Or, lorsque le sol est saturé d’eau et qu’il ne peut pas en absorber plus (suite à une très forte pluie par exemple), l’eau reste à la surface du sol est n’est pas filtrée. De même, lorsque le sol est imperméable (ex : béton, asphalte, toiture, cap de roc, sol argileux, forte pente, etc.), l’eau ne pourra pas pénétrer le sol. Cela provoque le ruissellement d’eau pouvant encore contenir des polluants. Les eaux de ruissellement entraineront ces polluants dans les rivières et les cours d’eau où elles termineront leur course. Le ruissellement des eaux a, par le fait même, des impacts négatifs sur la qualité de l’eau, l’érosion et la recharge de la nappe phréatique.

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Aménagement de terrain permettant une bonne infiltration de l’eau. Source: ROBVQ

Le sol est un filtre naturel; l'eau qui y circule y est filtrée de ses polluants.

Les impacts du ruissellement

Au Québec, le ruissellement est le principal moyen de transport du phosphore et variera en fonction des saisons (il sera particulièrement fort à la fin de l’hiver et au début du printemps). Plus les débits d’eau de ruissellement sont grands, plus la concentration de phosphore dans ces eaux est grande. Malheureusement, le phosphore accumulé dans les plans d’eau cause de grandes perturbations de l’environnement, ayant un impact négatif sur les activités humaines. Il causera par exemple l’eutrophisation accélérée des lacs et favorisera l’apparition de cyanobactéries.

De plus, le ruissellement de fort débit entrainera une érosion des sols et peut causer la perte de terrain pour les propriétaires habitant aux bords de lacs et de cours d’eau, ou encore des pertes de terres cultivables en agriculture. L’eau ruisselant à la surface du sol ne s’infiltrera pas dans le sol et ne pourra donc pas recharger la nappe phréatique, diminuant la quantité d’eau souterraine disponible.

Enfin, certaines substances présentes dans l’eau de pluie, comme du pollen, du sable, des pesticides et des engrais, des déjections animales et des produits du pétrole peuvent contaminer les plans d’eau jusqu’où les eaux de pluies ruissellent. Pourtant, l’eau qui passe dans le sol est filtrée et libérée de ses polluants, ce qui signifie que si l’eau pouvait s’infiltrer dans le sol, les impacts des polluants dans l’eau de pluie seraient grandement diminués.

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L’imperméabilité des sols

Les zones ayant beaucoup de surfaces imperméables ont un fort potentiel de ruissellement. En effet, puisque les pluies au Québec sont d’une intensité modérée, ces zones qui sont pourtant relativement restreinte en termes de superficie totale du territoire, contribue à la majeure partie du ruissellement d’un bassin versant.

En aménageant votre terrain, vous pourrez donc, à vous seul, faire une grande différence!

En ville, l’eau pluviale est généralement captée par les égouts et acheminée aux cours d’eau. Certaines villes vont combiner les égouts pluviaux (qui récupèrent l’eau de pluie) et les égouts sanitaires (qui récupèrent les eaux usées domestiques). Cela signifie que les eaux de pluie seront traitées au même titre que les eaux domestiques. Or, l’augmentation de surfaces imperméables dans des villes constamment en croissance augmente les volumes d’eaux de ruissellement, qui vont surcharger les réseaux d’égouts. Du coup, la municipalité devra débourser plus cher pour faire traiter les grands volumes d’eau ce qui, par le fait même, coûtera plus cher aux citoyens.

Que puis-je faire?

Il existe plusieurs façons de limiter le ruissellement de l’eau, notamment en diminuant les surfaces imperméables sur son terrain, en établissant des voies d’eau ou des jardins de pluie ou encore, en installant une bande riveraine. Il est aussi possible de récupérer l’eau à la source, en installant des collecteurs d’eau pluviale.

Utiliser les pentes

Les pentes fortes sont imperméables! L’eau y glisse rapidement, sans s’y infiltrer. Donc, une première étape réduire les volumes d’eau s’écoulant à la surface des sols est de transformer ces pentes fortes en pentes douces, sur lesquelles l’eau s’écoulera plus lentement et pourra donc percoler dans le sol. Afin d’augmenter leur capacité de captation d’eau, on peut transformer ces pentes douces en bandes filtrantes en les couvrant de végétation. La végétation absorbe l’eau du sol, permettant donc au sol de capter plus d’eau. Assurez-vous que le sol soit perméable (terre, gravier, paillis) et que vous le couvrez densément d’une variété d’herbes, arbres et arbustes. Profitez-en pour embellir votre terrain de fleurs ou de petits fruits comestibles! Les bandes filtrantes, surtout lorsqu’elles contiennent des arbres, peuvent contribuer à la diminution des effets d’îlots de chaleur en milieu urbain.

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Fossé végétalisé. Source: ROBVQ

Méthode du tiers inférieur, développé par le Ministère du transport. Source: ROBVQ

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Bande filtrante. Source: ROBVQ

Les fossés végétalisés

Les fossés végétalisés (noues) fonctionnent sous des principes semblables aux jardins d’eau, c’est-à-dire qu’ils emmagasinent temporairement l’eau de pluie pour lui permettre de s’infiltrer, mais ils ont aussi le rôle d’acheminer l’eau vers un milieu la recueillant. De ce fait, les fossés se retrouvent généralement au bord des routes ou de bâtiments d’où l’eau peut s’écouler et guident l’eau aux bandes filtrantes et jardins d’eau. Contrairement aux jardins d’eau, les fossés sont généralement de forme allongée profondeur d’environ 15cm et d’une largeur de 60cm maximum) et ne sont pas généralement pas aménagés de vivaces et de bulbes, mais seulement de gazon et de graminées. Il est d’ailleurs très important de garder la végétation dans le fossé et de ne pas « faire le ménage » et « garder ça propre », puisque que ce sont les actions des plantes qui permettent de favoriser l’infiltration d’eau. Le ministère des Transports du Québec a développé la méthode du tiers inférieur, qui consiste retirer la végétation du fond du fossé uniquement. Cela permet à la végétation restant dans les tiers supérieurs du fossé de stabiliser le talus et de prévenir l’érosion.

Recueillir l’eau de pluie

Recueillir l’eau de pluie, c’est faire une pierre, deux coups! En effet, cela vous permet de réduire le ruissellement sur votre terrain, mais vous donne aussi l’occasion de réduire votre consommation en eau potable! Vous pouvez utiliser l’eau de pluie pour arroser vos plantes et votre pelouse, ou encore pour laver votre voiture. Une technique simple pour récupérer l’eau de pluie consiste à débrancher vos gouttières de votre drain de fondation (si nécessaire) et à diriger la base vers un baril récupérateur. Ceux-ci sont généralement équipés d’un robinet à la base, mais vous pouvez aussi installer une pompe si vous le désirez.

Lorsque vous choisissez votre collecteur, pensez à en acheter un ayant une forme circulaire pour éviter que l’eau ne stagne dans les coins et installez un fin grillage sur le couvercle pour filtrer les débris pouvant se déposer à la surface, ainsi qu’empêcher la ponte des moustiques. Vous pouvez combiner votre collecteur d’eau à une bande filtrante et un trop-plein pour réduire encore plus votre impact.

Les Jardins d’eau

Les jardins d’eau sont des cuvettes naturelles ou construites qui vont permettre de recueillir et retenir l’eau de pluie ou de ruissellement pour lui permettre d’infiltrer le sol. Dans ces cuvettes, on retrouve diverses plantes (bulbes, vivaces, herbes, arbustes, etc.) qui contribueront à l’infiltration de l’eau. Assurez-vous d’utiliser des plantes résistant bien à la fois aux inondations et aux périodes de sécheresse, puisque les jardins d’eau ne seront pas toujours remplis d’eau.

Ces cuvettes doivent être aménagées dans des lieux bien drainés et ensoleillés pour favoriser l’infiltration, mais aussi l’évaporation d’eau. Il est préférable de les aménager à plus de 4 m d’un bâtiment afin d’éviter les infiltrations dans les fondations. Afin de recueillir le plus d’eau possible, il est préférable de les installer en bas de pente. La superficie du jardin d’eau doit être de 5 à 10% de la surface drainée (donc, pour une surface de 10 m2, le jardin d’eau doit avoir environ 1 m2). Enfin, si le sol est peu perméable, il vaut mieux prévoir un fossé où le surplus d’eau pourra se déverser.

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Baril collecteur d’eau de pluie. Source: ROBVQ

Pour en savoir plus
Sources

Boucher, I. (2010). La gestion durable des eaux de pluie, Guide de bonnes pratiques sur la planification territoriale et le développement durable, ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, coll. « Planification territoriale et développement durable », 118 p. [www.mamrot.gouv.qc.ca]

City of Chicago (2003) A guide to stormwater best management practices, 32 pages. http://www.cdfinc.com/xm_client/client_documents/Chicago_GuideTo_Stormwater_BMPs.pdf

Laurentides, C. R. E. (2007). Trousse des lacs–Des outils pour la santé des lacs.

Michaud, A. R., Lauzier, R., & Laverdière, M. R. (2005). Mobilité du phosphore et intervention agroenvironnementale en bassin versant agricole: Étude de cas du ruisseau au Castor, tributaire de la rivière Aux Brochets, Québec. Agrosol,16(1), 47-59.

Regroupement des organismes de bassins versants du Québec. Fiches sur l’aménagement et l’entretien des propriétés résidentielles.